Réponse rapide : que sont le yusheng et le lo hei ?
Le yusheng (鱼生, yúshēng), également orthographié yee sang, est une salade de fête composée le plus souvent de poisson cru, de légumes émincés, de sauce et de garnitures croustillantes.
- Le plat : Yusheng désigne la préparation servie sur le grand plat.
- Le geste : Lo Hei (捞起 ; en mandarin, lāoqǐ) désigne le rituel collectif qui consiste à soulever et mélanger les ingrédients. Lo hei est la forme cantonaise, notée lou1 hei2 en Jyutping ; lāoqǐ est la lecture en mandarin des caractères.
- Le contexte : Cette coutume est particulièrement associée au Nouvel An chinois dans les communautés chinoises de Singapour et de Malaisie.
Les vœux de prospérité associés au rituel sont des souhaits symboliques ; ils ne peuvent en rien déterminer la fortune de qui que ce soit.

Lors d’un repas du Nouvel An chinois, un grand plat coloré attire tous les regards lorsque chacun y plonge ses baguettes. Pour une personne qui participe pour la première fois, le plus difficile peut être de savoir quand intervenir. Comprendre les noms, les vœux prononcés et les gestes accomplis ensemble facilite grandement la participation.
Comment la tradition s’est développée à Singapour et en Malaisie
La forme moderne de ce rituel de vœux de prospérité s’est développée à partir de façons plus anciennes de préparer et de manger le poisson cru. Les migrants cantonais ont apporté leurs traditions culinaires en Asie du Sud-Est, où les ingrédients et les manières de servir ont évolué. Les anciens plats de poisson et la salade collective richement garnie d’aujourd’hui s’inscrivent dans une même histoire, mais ne constituent pas des versions interchangeables d’une cérémonie ancienne restée inchangée.[1]
À Singapour, le développement de la salade moderne et colorée est étroitement lié à quatre chefs : Lau Yoke Pui, Tham Yui Kai, Sin Leong et Hooi Kok Wai. Leur version est apparue pendant le Nouvel An chinois de 1964. Elle associait le poisson à un choix plus large de légumes, à des garnitures croustillantes et à une sauce aigre-douce. C’est la forme couramment appelée qicai yusheng (七彩鱼生, qīcǎi yúshēng), ou salade de poisson cru aux sept couleurs.[1][2]
La Malaisie possède ses propres récits sur l’évolution du plat, notamment une tradition associée à Loke Ching Fatt à Seremban. La question de savoir qui a créé le premier yusheng moderne reste débattue. Attribuer une recette précise à quelqu’un ne permet pas d’établir qui a inventé l’ensemble des gestes, formules et usages de table apparus par la suite.[1]
Aujourd’hui, l’expérience partagée compte autant que les ingrédients réunis sur le plat. Les convives participent au mélange tout en formulant de bons vœux, de sorte que le geste fait partie intégrante du repas. En Malaisie, le yee sang rassemble lui aussi les convives autour d’un grand plat pour le mélanger avant de manger.[3]
Quand mange-t-on du yusheng pendant le Nouvel An chinois ?
Le yusheng est étroitement associé à Renri (人日, rénrì), le septième jour du premier mois lunaire, traditionnellement considéré comme l’anniversaire de l’humanité. Ce lien explique pourquoi le septième jour est souvent mis en avant dans les descriptions de la coutume.[1][2]
Aujourd’hui, le lo hei ne se pratique toutefois pas uniquement ce jour-là. Familles, amis et collègues peuvent se réunir à d’autres dates qui leur conviennent pendant la période festive. Un repas au restaurant ou une célébration familiale peut le proposer en entrée, sans réserver le rituel à une seule date du calendrier.[2][3]
Si vous êtes invité, suivez le programme prévu par votre hôte. Un lo hei peut accompagner un dîner de retrouvailles, mais les deux termes ne sont pas synonymes : le dîner de retrouvailles désigne le rassemblement, tandis que le lo hei est une activité pratiquée au cours du repas.
Ingrédients du yusheng, formules de bon augure et significations
Un plat typique associe légumes croquants, poisson, sauce aigre-douce, fruits à coque, graines et garnitures frites et croustillantes. Les versions malaisiennes peuvent aussi contenir du melon d’hiver confit, du concombre mariné, du gingembre et de la coriandre. Ces variantes apportent des textures différentes sans modifier le caractère festif et collectif du plat.[3]
Les associations suivantes sont des exemples courants et non une séquence obligatoire. Les vœux sont généralement prononcés au moment où l’on ajoute les ingrédients. Familles et restaurants peuvent combiner les formules, changer les garnitures ou utiliser une version plus courte.[2]
| Ingrédient | Formule courante, pinyin mandarin et vœu en français | Lien symbolique |
|---|---|---|
| Tranches de poisson | 年年有余, nián nián yǒu yú — De l’abondance année après année | Poisson, 鱼, et surplus, 余, se prononcent tous deux yú en mandarin. |
| Pomelo | 大吉大利, dà jí dà lì — Chance et réussite | Une association traditionnelle de bon augure. |
| Poivre et cinq-épices | 招财进宝, zhāo cái jìn bǎo — Que richesses et trésors affluent | Un vœu de prospérité prononcé au moment d’ajouter les épices. |
| Huile | 一本万利, yī běn wàn lì — Qu’un petit investissement rapporte de grands bénéfices | Un vœu symbolique de prospérité commerciale. |
| Carotte | 鸿运当头, hóng yùn dāng tóu — Que la chance vous sourie | 红, « rouge », fait écho à 鸿 dans l’expression qui évoque une grande fortune. |
| Radis vert | 青春常驻, qīng chūn cháng zhù — Que la jeunesse vous accompagne longtemps | 青 apparaît aussi dans 青春, « jeunesse ». |
| Radis blanc | 步步高升, bù bù gāo shēng — Puissiez-vous progresser à chaque étape | Un vœu de progression, et non une qualité propre au radis blanc. |
| Cacahuètes concassées | 金银满屋, jīn yín mǎn wū — Une maison remplie d’or et d’argent | Un vœu traditionnel de richesse. |
| Graines de sésame | 生意兴隆, shēng yì xīng lóng — Que les affaires prospèrent | Une association courante avec un vœu de réussite commerciale. |
| Crackers dorés | 满地黄金, mǎn dì huáng jīn — Le sol couvert d’or | Les morceaux dorés évoquent des trésors dispersés. |
| Sauce aux prunes | 甜甜蜜蜜, tián tián mì mì — Que la vie soit douce | L’association repose sur la douceur. |
Certaines associations relèvent du jeu de mots ; d’autres reposent sur des ressemblances visuelles ou sur des formules couramment associées. Il n’est pas nécessaire d’inventer une origine ancienne pour justifier la présence d’un ingrédient sur un yusheng moderne. Le rapprochement entre le poisson et le surplus apparaît aussi plus largement dans le symbolisme chinois du poisson.
Si vous souhaitez simplement prononcer une courte formule, choisissez une expression que vous comprenez parmi ces vœux du Nouvel An chinois. Il n’est pas nécessaire de mémoriser toutes les formules pour prendre part à la fête.
Comment participer à un lo hei
Suivez la personne qui guide le rituel à votre table. Au restaurant, un membre du personnel peut présenter les ingrédients ; à la maison, ce rôle peut revenir à l’hôte ou à un membre de la famille. Les étapes suivantes donnent un repère pratique pour participer ; elles ne remplacent pas les consignes de l’hôte.
- Signalez d’abord vos besoins alimentaires : Informez l’hôte de vos allergies, de vos besoins végétariens ou de votre souhait d’éviter le poisson cru avant le mélange. Installez-vous à un endroit où vous pouvez atteindre confortablement le plat, baguettes en main. Vous pouvez rester assis s’il vous est difficile de rester debout ou de vous pencher.
- Attendez l’ajout des ingrédients : Laissez la personne qui mène le rituel présenter le poisson, les assaisonnements, la sauce et les garnitures. Certains ingrédients peuvent déjà être disposés sur le plat ; ne vous attendez donc pas à ce que chacun soit ajouté séparément.
- Participez aux vœux : Répétez les formules de la personne qui mène le rituel si vous le pouvez. Si vous ne parlez pas chinois, vous pouvez crier « lo hei » avec le groupe ou formuler un simple vœu de Nouvel An. Il n’est pas nécessaire d’avoir une prononciation parfaite pour participer avec enthousiasme.
- Soulevez et mélangez ensemble : Lorsque tout le monde commence, utilisez vos baguettes pour soulever et retourner les ingrédients. Gardez des gestes confortables et faites attention aux convives voisins. Il n’existe ni hauteur imposée ni nombre obligatoire de mouvements, et il n’est pas nécessaire de faire sortir les aliments du plat.
- Terminez puis partagez : Une fois les ingrédients mélangés, attendez que tout le monde ait fini avant de vous servir. Respectez la façon de servir prévue à table et dégustez la salade ensemble.
Poisson cru, besoins alimentaires et adaptations modernes
Une version au poisson cuit ou sans poisson permet aux invités de participer à la même activité. Un plat de légumes et de fruits peut conserver la sauce, le croquant et le mélange collectif. Lorsque vous composez un menu de fête, considérez le yusheng comme l’un des plats du Nouvel An chinois, en choisissant les ingrédients en fonction des personnes qui le mangeront.
- Si vous faites partie d’un groupe plus vulnérable, évitez le poisson cru : Les femmes enceintes, les jeunes enfants, les personnes âgées et les personnes dont le système immunitaire est affaibli doivent éviter le poisson cru. Celui-ci peut contenir des bactéries et des parasites ; choisir une espèce marine n’élimine pas tous les risques.[4]
- Vérifiez l’approvisionnement et la manipulation : À Singapour, le poisson cru d’eau douce est interdit dans les préparations de poisson cru prêtes à consommer. Un poisson vendu pour être cuit ne doit pas être considéré comme adapté à une consommation crue. Utilisez des produits prêts à consommer fournis spécifiquement pour cet usage, conservez-les au froid et suivez les instructions de l’emballage.[4]
- Ne comptez pas sur l’assaisonnement ou le fumage : Faire mariner des produits de la mer ne remplace pas la cuisson. Le poisson fumé à froid prêt à consommer peut également présenter un risque ; les personnes enceintes ou immunodéprimées doivent l’éviter, sauf s’il est cuit jusqu’à être fumant à cœur.[5][6]
- Vérifiez l’ensemble du plat : Renseignez-vous sur les cacahuètes, le sésame, le poisson, les fruits de mer, les crackers et les ingrédients des sauces. Vérifiez auprès du fournisseur si le plat répond aux exigences végétariennes ou halal. Si un allergène ou du poisson cru a déjà été mélangé au reste, retirer les morceaux visibles ne permet pas d’obtenir une portion séparée qui soit adaptée.
FAQ sur le yusheng et le lo hei
Le yusheng, le yee sang et le lo hei sont-ils la même chose ?
Yusheng et yee sang sont deux noms pour la même salade de fête. Lo hei désigne plus précisément l’action collective consistant à soulever et mélanger les ingrédients, même si, dans l’usage courant, le terme peut parfois s’appliquer à l’ensemble de l’occasion. La distinction oppose le plat au rituel ; il ne s’agit pas de trois plats différents.
Faut-il mélanger le yusheng le septième jour ?
Non. Le septième jour, Renri, est traditionnellement lié au yusheng, mais les rassemblements ont aujourd’hui lieu à d’autres dates pendant la période du Nouvel An. Suivez la date proposée par votre hôte plutôt que de considérer un jour précis comme obligatoire pour participer.
Peut-on préparer du yusheng sans poisson cru ?
Oui. On peut utiliser du poisson bien cuit ou une version sans poisson tout en conservant le mélange collectif et les vœux prononcés à voix haute. Vérifiez aussi la sauce et les garnitures : l’absence de morceaux de poisson visibles ne signifie pas automatiquement que le plat est végétarien ni qu’il convient à toutes les personnes allergiques.
Plus on soulève le yusheng haut, plus cela porte-t-il chance ?
Soulever les ingrédients plus haut exprime le souhait de voir la prospérité s’accroître. Cela n’augmente pas les chances de réussite ou de bonne fortune. Il n’existe aucune hauteur minimale ayant une signification particulière ; des gestes confortables et respectueux des autres préservent l’esprit collectif de la fête sans disperser inutilement la nourriture.
Sources
[1] National Library Board Singapore. Into the Melting Pot: Food As Culture
[2] Singapore Chinese Cultural Centre. The Ultimate Yusheng Guide (Including Audio)!
[3] Tourism Malaysia. Chinese New Year Delicacies – Yee Sang & Nian Gao
[4] Singapore Food Agency. GBS and the Consumption of Raw Freshwater Fish
[5] Singapore Food Agency. Safety of Raw Marinated Seafood
[6] NHS. Listeriosis